LORSQUE LE SOULAGEMENT REMPLACE LA PERTE : LA HAINE PARENTALE QUI EMPÊCHE TOUT ATTACHEMENT AIMANT

Lorsque le soulagement rempLace la perte :

La haine parentale qui empêche tout attachement aimant

par Edward T. Novak

Dans le monde des mauvais traitements et des traumatismes de l’enfance, il existe un sous-groupe d’enfants qui endurent non seulement des abus de la part d’un parent ou d’une gure parentale, mais également de la haine. En thérapie, réussir à identi er cette haine permet d’aider les clients qui luttent, par exemple, avec des sentiments d’indifférence envers leurs parents âgés ou mourants. Cet article explore les problèmes des individus qui ont été détestés par un parent ou un donneur de soins, y compris celui de perdre une relation d’amour avec le parent avant même que celle-ci n’existe. L’auteur distingue les moments de haine d’une haine parentale constante qui dé nit la relation parent-enfant. Il utilise la théorie de l’attachement pour examiner la dynamique parent-enfant. Il souligne l’importance de travailler sur le versant transgressif entre le protocole qui renie la haine parentale et l’expérience qu’a le client de la haine. Tout au long de l’article, on se référera à des cas cliniques, dont le propre cas de l’auteur, détesté par un parent, pour lier théorie avec expérience clinique et application.

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Lorsqu’il parlait de la relation qu’avait sa mère avec lui, Greg n’employait jamais le mot haine. Pourtant, il s’agissait de mauvais traitements sévères, elle le menaçait même de mort en lui tenant un couteau sur la gorge. Ni moi, le thérapeute ; ni lui, mon client, ne semblions penser que le comportement de sa mère et sa relation avec lui étaient peut-être suscités par la haine. De fait, nous recourions plutôt à des mots comme « folie » pour décrire sa conduite abusive et à un terme plus professionnel, « psychose », pour décrire son état mental. J’avais conscience d’être en colère contre la manière dont elle avait traité Greg, mais la plupart du temps, je gardais ces sentiments pour moi, exprimant davantage le choc que l’outrage. Cette retenue était en partie motivée par le fait que je ne sentais pas beaucoup d’outrage émaner de Greg.

Nous nous penchions plutôt sur les conséquences que ce traumatisme d’enfance avait dans le présent, sur les symptômes d’anxiété chronique, les crises d’angoisse quotidiennes et les schémas relationnels dans lesquels il ne cessait de réprimer ses propres envies et besoins. Cette insistance sur le présent semblait maintenir mère et haine hors de la pièce.

Lorsque nous parlions de sa mère, je rappelais souvent à Greg, ainsi qu’à moi-même, qu’elle avait sans doute connu une enfance traumatique, subi de mauvais traitements qui contribuaient à son comportement envers lui et ses frères et sœurs. À l’époque, Greg savait peu de chose de l’éducation de sa mère, sinon qu’elle avait été rude. Mon idée qu’elle avait été maltraitée semblait être ma manière d’éviter de l’attaquer pendant nos séances, et ce, a n d’éviter que Greg ne prenne sa défense.

Sa mort, après une longue maladie, ne suscita que peu d’attention et d’émotion dans la thérapie de Greg. Ayant rompu tout contact avec elle huit ans auparavant, il semblait vivre comme si elle était déjà morte. Il avait des nouvelles occasionnelles via un frère ou une sœur, souvent un message pour l’informer de la progression de son déclin. Elle avait passé sa dernière année en maison de retraite, et, au cours du dernier mois, un membre de la famille avait appelé Greg pour lui dire que c’était sa dernière chance de la revoir en vie. Il avait alors choisi de ne pas y aller et elle était morte moins de trois semaines plus tard.

Il se rendit quand même à l’enterrement et notre première session après cela a commencé par une brève conversation dénuée d’émotion à propos de la cérémonie. Nous sommes rapidement passés à des problèmes de vie urgents et Greg n’a plus évoqué sa mère. Le soupçonnant d’éviter la question, je suis revenu sur le sujet. Il a eu la gentillesse de répondre à mes questions, toujours sans émotion, avant de revenir à ses préoccupations du moment.

Je demeurais convaincu qu’il éprouvait des émotions à l’égard de sa mère mais qu’il les évitait, et j’allais même jusqu’à suggérer qu’il était peut-être triste de savoir qu’il n’avait désormais aucune chance de réparer sa relation avec sa mère. Mais il maintenait fermement que sa mort ne lui posait pas de problème. J’ai alors noté intérieurement qu’il se défendait sûrement contre la perte. À l’époque, je croyais vraiment que sa perte nirait par surgir dans notre travail et que je l’aiderais à faire son deuil et à traiter ses sentiments complexes.

Ce que j’ignorais, c’est que Greg était en avance sur moi d’au moins six mois.

Ma mère est morte six mois après celle de Greg. Comme lui, je l’avais perdue des années auparavant. D’ailleurs, j’avais sans doute perdu toute possibilité qu’elle soit une mère pour moi bien avant ma naissance. Je suis convaincu de comprendre sa haine pour moi. Je crois que notre relation a été victime de ses propres traumatismes d’enfance, qui ont fait de moi le défouloir pour sa rage et sa haine envers tous les hommes qui l’avaient blessée et maltraitée dans sa jeunesse. Toutefois, ma connaissance du traumatisme transgénérationnel, de la reproduction et de l’interaction entre amour et haine ne m’avait pas beaucoup aidé à développer mieux qu’une certaine ambivalence envers elle et notre relation perdue, sans doute parce qu’elle a continué à me détester jusqu’à sa mort.

Greg et moi appartenons au sous-groupe d’individus qui ont été non seulement maltraités par un parent, mais aussi détestés. Cependant, les traumatismes et mauvais traitements ne sont pas toujours provoqués par une haine de l’enfant et la haine ne se manifeste pas toujours sous la forme de mauvais traitements. Il existe aussi divers degrés de haine du parent envers l’enfant, y compris des moments de haine au sein d’une relation parentale aimante. Mais certains enfants sont confrontés non pas à des moments de haine ; mais à des expériences chroniques d’hostilité, de dédain et de mépris parentaux qui peuvent détruire leurs sentiments d’amour envers le parent. Ces formes de haine placent l’enfant dans une situation presque contre- nature d’absence de relation humaine pendant les années critiques de la découverte relationnelle et du développement de la personnalité.